Toi

 

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Le téléphone sonne.
Est ce toi qui m'appelle ?
Non, tu ne le feras pas et pourtant, je voudrais qu'il en soit autrement.
Je souhaiterai entendre ta voix au bout du fil, mais je sais que ce n'est pas toi.
Toi.
Toi à qui j'aimerai dire toutes ces choses que je ne t'ai jamais dites, sans doute par pudeur.
J'aimerai que tu m'entendes te chuchoter à l'oreille que tu es à mes yeux, la femme la plus merveilleuse qu'il soit.
Une femme comme j'aimerai en rencontrer plus souvent, même si je sais au fond de moi, qu'elles ne seront pas toi.
Non, elles ne le pourraient pas.
Tu es modeste, généreuse, tu es unique.
Ton temps, ton amour, ton amitié, tu ne les reprends jamais.
Tu n'envies personne, ni pour ce qu'ils ont, ni pour ce qu'ils sont.
Tu es humble.
Je voudrais que tu entendes ces mots, ces phrases, ces aveux dissimulés, enfouis au plus profond de moi et jamais exprimés.
Mais tu sais tout ça, nul besoin de paroles quand d'un simple regard tout est dit.
Pourtant, je voulais que tu saches ô combien je te respecte, je t'admire.
Tu as une telle force de caractère, celle que je suis fière que tu ais.
Si tu étais au bout du fil, je te dirai aussi que tu es une battante, une guerrière, un vrai roc.
Tu as surmonté tant d'épreuves, franchis tant d'obstacles pour pouvoir en arriver où tu en es maintenant.
Tu es merveilleuse.
Mais je ne décrocherai pas ce téléphone.
Je ne veux pas être déçue.
Alors, je ferme les yeux et j'imagine.
J'imagine la conversation que nous aurions eu toutes les deux au moment où j'aurai répondu. 
Je t'aurai dis des choses sans importances, banales, je t'aurai parlé de ma vie, tu m'aurais conseillé.
J'aurai esquissé un sourire que tu m'aurais aussitôt rendu.
Un sourire qui me manque tellement.
Ta joie de vivre me manque.
Tout ton être me manque.
Ton absence est cruelle.
Elle me fait mal...

Si tu étais au bout du fil, je te dirai que je t'aime.

Je t'aime toi, toi qui n'est plus là.
Toi ma mère qui un matin d'hiver m'a laissé.
Tu m'as abandonné, je suis orpheline.
A cet instant, je t'en veux tellement.
En ai-je seulement le droit ?
Je sais que tu aurais voulu que tout se passe différemment, que tu ne voulais pas partir.
Je sais que tu ne souhaitais pas cette fin si rapide.
Tu étais amoureuse de la vie.
La vie que tu croquais à pleine dent.
Toi, ma mère, tu as accepté sans rien dire le sort que le destin t'avait réservé.
Un destin que tu avais imaginé autre.
Une vie paisible et emplie d'amour t'attendais.
C'était celle que tu avais choisi.
Tu n'aimais pas les contraintes et vivais ta vie à ta guise, tel un cheval fougueux en liberté.
Tu voulais être heureuse tout simplement.
Tu as été forte, plus que moi, et tu n'as rien laissé paraître de ta peur.
Peur pour nous, peur pour toi.
Que va t-il se passer ?
A ce moment, j'avais peur de le savoir.
Je ne voulais pas l'entendre, pas l'accepter, c'était pourtant inévitable.
Je m'inquiétais pour toi quand toi, tu t'inquiétais pour moi.
Tu as rendu ton dernier souffle un matin de Février, tu venais d'avoir soixante ans.
A compter de ce jour, j'ai pensé à toutes ces choses que tu raterais, que je ne partagerai jamais avec toi.
Je ne te verrais jamais souffler tes quatre-vingt bougies.
Tu n'assisteras pas à mon mariage, en ai-je seulement envie maintenant.
Tu ne verras plus mes enfants grandir, ni tes petits-enfants.
Je ne t'emmènerai pas en week-end.
Je ne t'emmènerai plus en vacances comme celles passées en Alsace.
Tu venais à la montagne pour la première fois et c'était avec moi.
Je suis triste.
Je ne trouve pas de mots assez forts pour décrire le chagrin que je ressens.
Celui que j'éprouve en voyant une femme te ressemblant, celui qui m'inonde quand j'aperçois ces mères en compagnie de leur fille, si complices.
Où est la notre ?
Où est notre complicité ?
Je voudrais la retrouver l'espace d'un instant.
J'ai encore besoin de toi, de te voir, de te parler, de te toucher.
Mais tu n'es plus là.
Ton absence m'étouffe.
J'ai encore envie de te sentir, sentir ce parfum qui est le tien, d'entendre ton rire, ta voix, de t'écouter.
Je m'en veux.
Je m'en veux de détester ton absence, de t'en vouloir d'être morte, de penser que tu as été faible et que la maladie a gagné.
Mais je sais qu'il n'en est rien et que c'est la colère qui m'habite, cette colère qui a remplacé la tristesse.
Je déteste ce que je ressens car je n'arrive pas à y faire face.
Je suis anéantie par le chagrin.
Je n'arrive pas à accepter ce départ, ton départ.
Je ne réalise pas encore que tu ne reviendras plus.
Que tu n'es plus.
J'ai mal.
Mon cœur est en lambeaux.
Mes yeux gonflés d'avoir tant pleurés, n'arrivent plus à s'ouvrir.
Leurs larmes m'ont brûlées les joues.
Mon ventre se tord de douleurs en pensant à ce dernier jour.
Tout mon corps est meurtri, il est en souffrance.
L'impuissance me hante.
C'est si douloureux.
Mon avenir s'est assombri, sans toi, il est devenu gris.
Je voudrais que tu me donnes de cette force que tu avais en toi pour pouvoir affronter la vie, ma vie.
Que tu me donnes un peu de cette joie de vivre pour rendre mes jours plus heureux.

Un peu de ta douceur pour apaiser ma colère.

Je voudrais que tu sois encore avec moi, dans mes bras et que tu entendes toutes ces phrases, tous ces mots qui ne sont jamais sortis de ma bouche, ceux d'une fille à sa mère.
Le téléphone ne sonne plus et tu n'es pas revenue.
Ma vie sans toi n'est plus pareille, tout est différent.

Tu me manques maman.

 

 

Isabelle Garel

 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."