Histoire courte

 

22

 

Dans quelques minutes, je serai dehors avec lui.
Dans quelques minutes nous marcherons ensemble, main dans la main.
J’attends ce moment depuis plusieurs jours, plusieurs semaines et je trépigne d’impatience.
Je le regarde, il m’a vu et me sourit.
Il enfile sa chemise délicatement pour ne pas la froisser. Je connais chacun des ses gestes, chacune de ses habitudes.
Quand il aura fini de la boutonner, il nouera sa cravate, et me demandera ensuite de l’ajuster, puis, il enfilera ses chaussures, terminera par sa veste accrochée sur le cintre, et, d’un geste assuré, remettra ses cheveux en place en jetant un dernier regard dans le miroir.
Il est beau. Sa peau est douce et parfumée, il sent bon. J’aime ce parfum, son parfum. Je pourrais le reconnaître à mille lieux.
Mais il est l’heure, nous devons partir, il ne faut pas se mettre en retard.
Je le suis sans bruit dans ce couloir qui nous mène vers la sortie.
Dehors, le temps est glacial. Les arbres dénudés paraissent chétifs. Les oiseaux se font discrets, sans doute le froid les aura contraints de rester au chaud.
Les rues désertées par les promeneurs sont calmes, il est tôt, le jour est à peine levé.
Nous sommes seuls et nous bravons l’hiver installé depuis quelques temps. Mes mains se cachent sous de grosses moufles tandis que mon nez tâte la température malgré lui.
La neige est tombée et a laissé les traces de son passage sur les trottoirs. 
J’ai peur de tomber, de glisser, mais je sais qu’il prend garde que cela n’arrive pas.
Il est grand, plus que moi, il est fort, plus que je ne le serai jamais. J’ai confiance en lui, il me protège, me surveille…je lui en suis reconnaissante.
C’est un homme merveilleux. J’ai de la chance d’être dans sa vie et de l’avoir dans la mienne.
Nous sommes fusionnels s’amusent à dire les gens. Ceux qui parfois critiquent cette fusion . Ceux qui font parler leur bouche à tort et à travers. Je les connais, je les croise de temps à autre au détour d’une rue, aux soirées mondaines…mais je ne leur en veux pas, ils alimentent les conversations comme on dit. 
Qu’importe, je n’ai que faire des dire des autres quand, ce qui compte à mes yeux est notre bonheur. Celui d’être ensemble tous les jours.
Et aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui, il m’emmène avec lui dans ce lieu qui m’est encore inconnu, dans ce lieu que jamais je n’ai exploré si ce n’est par la pensée.
J’ai hâte d’arriver, hâte de mettre des images sur des mots, de confronter ma pensée à la réalité.
Est-il possible que je sois déçue ? peut-être. 
Est–il possible que je sois conquise ? très certainement. Je vais enfin attiser ma curiosité. 

La rue est devenue soudain très bruyante. La sirène des pompiers retentit jusqu’à nous. Un accident causé par la neige et le gel les ont fait sortir précipitement. Le camion passe à notre hauteur, la sirène hurle, les lumières clignotent tel un sapin de Noël, il va vite. Je sursaute, il me rassure avant de nous engouffrer dans le taxi enfin arrivé. 

Nous arriverons dans quinze minutes nous prévient le chauffeur. Quinze minutes répétais-je dans ma tête. Encore quelques minutes me séparent de cet endroit inconnu qui bientôt ne le sera plus.

Nous y voilà. Le taxi s’arrête juste devant un immeuble gigantesque. Je lève les yeux au ciel, il paraît interminable. Je reste bouche bée.
Nous entrons et nous retrouvons dans un hall plus grand et plus illuminé que les Champs-Élysées !
Trève de plaisanterie, il y a là des gens par dizaines qui s’affairent en nous lançant des bonjours accompagnés de sourires.
Nous nous dirigeons vers l’ascenseur, il entre, j’entre à mon tour et les portes se referment.
Quelques personnes sont déjà à l’intérieur. Elles me scrutent, me dévisagent, s’interrogent. Elles ne me connaissent pas moi non plus d’ailleurs. Aucun des ces visages ne m’est familier. Le devraient-ils ?
Une dame esquisse un sourire que je lui renvoie. L'ascenseur stoppe sa course au huitième étage. La femme sort et un homme la remplace, lui aussi me regarde. Il se demande sûrement ce que fait une fillette de sept ans dans d'un immeuble parisien de cinquante huit étages!
L'ascenseur continue son ascension jusqu’au quarante septième, notre terminus.

Je ne vais pas au septième ciel, mais juste dans le bureau de mon père pour la première fois.

 

"Ce texte a été déposé et est protégé en vertu de l'article L. 111-2 du Code de la propriété intellectuelle, loi du 1er juillet 1992."

 

 

à bientôt,

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